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Matnik solid

Le contexte d’élaboration du PADM

D’une «Martinique fragile» à une «Martinique solide»

L’élaboration du Plan d’Actions pour le Développement de la Martinique (PADM) s’inscrit dans un contexte mondial de crise. La Martinique n’échappe pas à ce climat de tension économique, financière et humaine, et demeure à ce titre fragilisée par de nombreux handicaps, faiblesses et freins, devenus permanents, voire sans doute structurels. Pour lutter contre ces fragilités martiniquaises, de nombreuses actions ont été entamées ces dernières années, mais bien que pertinentes, elles ont souvent manqué de cohérence identifiable et de synergie : elles ont échoué à inspirer le sentiment d’un horizon partagé et d’une vision commune, ingrédient nécessaire pour insuffler une dynamique territoriale positive.

Le chantier de développement de la Martinique n’a de visibilité réelle et donc de sens, que s’il se situe dans une perspective d’ensemble, une finalité identifiée.

Cette Martinique est d’autant plus fragilisée qu’elle ne semble pas parvenir à s’adapter aux mutations du monde et au changement de paradigme économique et social. L’émergence de nouvelles économies, l’accélération de la technoscience, le changement d’époque dans notre relation à la France constituent ainsi autant d’opportunités pour la Martinique à condition de se mobiliser. Il n’a probablement jamais existé autant d’opportunités de développement et de croissance pour la Martinique qu’actuellement : la fin de la production de masse, la diminution drastique des coûts de transport, le recours croissant aux nouvelles technologies, ces mutations permettent de déterritorialiser certaines activités et sont à mettre en parallèle d’une importance croissance donnée à la qualité des conditions de vie pour attirer la classe créative vectrice de croissance.

L’ambition du PADM est de passer de cette Martinique fragile et fragilisée à une Martinique solide capable de capter l’ensemble des opportunités qui s’offre à elle.

Le terme de solide a été choisi de par sa double acception française et créole :

  • En français, « solide » évoque une grande résistance des fondations, des structures et des évolutions ;
  • En créole, « solid » renvoie à ce qui est performant, brillant, intelligent, excellent, et sur lequel on peut compter, à l’image du « boug solid ».« Solide » correspond tout à fait à l’ambition que veut se donner le futur Plan d’Actions pour le Développement de la Martinique (PADM).

 

La nécessité de fonder sur les atouts de la Martinique

La tendance naturelle de la Martinique a toujours été d’envisager la situation du territoire sous l’angle des handicaps, des faiblesses et de perspectives préoccupantes. Ce qui est la marque d’un réalisme indiscutable, mais cette approche par le négatif emprunte toujours les impasses des vieux systèmes de pensées. In fine, la plupart des expériences territoriales passées se sont attachées à corriger les effets pernicieux d’un système tout en laissant intactes les causes qui les produisent. Corriger n’est ni faire, ni défaire, il s’agit avec le PADM de changer l’approche de ces questions.

Les négativités structurelles de la Martinique ne sont pas des problèmes qui attendent des atténuations mais des phénomènes qui exigent des transformations profondes. Les problèmes et leurs solutions ne sont que des composantes, voire des résultantes, d’une réalité plus large où il existe des potentialités cachées, des ressources ignorées, des perspectives secrètes, et que tout cela échappe au « réalisme conditionné » de l’habituelle manière de penser des Martiniquais.

Dès lors, le point de départ de la réflexion du PADM est celui de se construire sur les atouts du territoire, sur ce génie intime qui fait que le peuple martiniquais s’est maintenu malgré tant de tourmentes. Ces atouts se trouvent en face d’un avenir incertain mais ouvert, où les accélérations techniques, et scientifiques, les exigences écologiques, les nouvelles énergies, les mutations diverses, offrent des opportunités inouïes, et constituent des voies nouvelles pour des sociétés innovantes.

Ces nouvelles sociétés peuvent s’envisager plus justes, plus humaines, riches d’une éthique de l’économie responsable, sociale et solidaire, et surtout porteuses d’innovations.

Cela revient à définir ce qui pourrait amener au développement d’une « voie martiniquaise » constituée par les lignes de force des traditions du territoire, de ses atouts et de ses potentialités.

 

La nécessité de s’adapter au 3ème temps

La Martinique entre de nos jours dans un troisième temps :

Le premier temps était celui des grandes habitations et des usines centrales où se sont constitués le rapport des Martiniquais à la terre, leurs traditions agricoles, ainsi que leur imaginaire politique.

Le deuxième temps fut inauguré par la Départementalisation qui a installé les populations dans des logiques d’accompagnement, d’aides, de rattrapage, d’assistance, d’assimilation et de non-­‐responsabilisation. Ce temps a permis une modernisation rapide, une élévation du niveau des compétences et des infrastructures. Il a autorisé aussi le développement d’une économie de transferts et de consommation exogène.

Le temps actuel (le troisième temps) est celui de la globalisation libérale, de la puissance incontrôlée des marchés financiers, du dialogue exclusif et inhumain entre profit, croissance et développement. C’est le temps des accélérations scientifiques et techniques, des économies de l’information, de la connaissance et de l’innovation.

Le troisième temps induit ainsi un affaiblissement de l’Etat-­‐providence, ou de l’Etat social, un aiguisement des interdépendances entre les pays, les peuples et les nations, ce qui pousse vers différentes formes d’associations ou de fédérations. La logique libérale dominante impose une restriction sévère des financements étatiques, une usure des principes de solidarité ou de service public.

Ce temps contraint la Martinique à s’adapter aux mutations du monde.

L’épanouissement du territoire, et celui de ses enfants, ne réside plus dans les anciennes logiques qui ont régit son rapport exclusif à la France, mais dans sa capacité à mobiliser au mieux les accélérations des sciences et des techniques dans des dispositifs d’innovation et de projets ouverts sur l’ensemble du monde.

Or, une grande partie de la population est restée dans le second temps, en raisonnant encore en termes d’aide, de soutiens, d’exonérations et d’autres accompagnements qui ne débouchent que sur de nouveaux accompagnements.

La logique du PADM s’inscrit dans celle du troisième temps, en s’attachant désormais à trouver des manières innovantes d’assurer des moyens d’actions sur le territoire, des manières innovantes de mobiliser la solidarité nationale, l’espace caribéen et les engagements européens au service d’une transformation profonde afin d’assurer une intégration martiniquaises aux économies de l’information, de l’innovation, des services ou de la connaissance.

 

La nécessité de se défaire d’une Martinique ancienne

La volonté de développement économique, social et culturel de notre pays, de même que la mobilisation des atouts de la Martinique, se heurte à une situation de crise. Cette crise, liée au contexte mondial, n’est pas qu’économique : elle est énergétique, climatique, sanitaire, politique, écologique, anthropologique au sens le plus complet… C’est pourtant sa face économique qui est la plus traitée, et donc la plus visible.

Les effets de ce contexte mondial sont amplifiés par des négativités structurelles demeurées presque inchangées depuis maintes décennies. Ces négativités relèvent de pesanteurs ou d’anciens fondements coloniaux ou postcoloniaux. Ils sont les symptômes d’une Martinique ancienne.

Ces négativités interagissent entre elles et précipitent le territoire dans une situation globale de crise permanente. L’émergence d’une Martinique solide passe par la transformation profonde et durable de ces structurations négatives. C’est la finalité du futur PADM.

 

Un modèle de développement alternatif

Si l’idée d’un mode de développement alternatif n’est pas nouvelle à la Martinique, les nombreuses tentatives d’expérimentation mises en place précédemment ont toutes échoué.
Les acteurs martiniquais ont très souvent dû faire face à un problème d’approche et de méthode, en travaillant dans une logique de besoins et de méthode « top-­‐down ».

Le PADM se distingue de ces expériences territoriales anciennes par une démarche qui se veut novatrice, propre à créer une rupture :

­Un plan d’action sur le long-­terme :
Le PADM vise à se défaire de la logique court-­termiste qui définit généralement les politiques de développement et qui lie l’obligation de résultats aux échéances politiques. Ces approches de court terme sont généralement biaisées en faveur d’investissements visibles, symboliques et rentables à court terme mais dont la rentabilité à long terme est questionnable. C’est pourquoi les politiques de développement consistent la plupart du temps à des politiques d’infrastructures qui permettent une consommation aisée des fonds délivrés mais qui ne présentent pas nécessairement une rentabilité à long terme (avec parfois un affaiblissement de l’économie au travers du two-­way roads effect). Cette logique a abouti à un sous-­investissement dans les politiques en faveur de développement du capital humain. Le PADM se fixe, dans un premier temps, l’horizon 2020 pour effectuer des investissements de long terme.

-­Une approche par les atouts plutôt que par les besoins :
Longtemps le développement a été envisagé comme linéaire et uniforme. Ainsi, un territoire présentant un retard économique par rapport à un autre territoire a toujours cherché à combler ses manques et ses besoins recensés pour rattraper le territoire de référence, en adoptant son modèle de développement. Or, cette approche ne semble pas avoir fait ses preuves puisqu’elle perpétue en grande partie les hiérarchies existantes et les dépendances de pouvoir entre les différents territoires, les modèles renforçant leur statut au travers d’un processus cumulatif d’avances. Le PADM se base sur l’idée qu’il existe plusieurs trajectoires de croissance et de modèles de développement qui s’appuient sur les particularismes et les spécificités de chaque territoire, et notamment pour la Martinique. Il s’agit, non pas d’appuyer la stratégie de développement économique sur les besoins du territoire, mais donc plutôt sur ses atouts.

Une démarche bottom-­up plutôt que top-­down :
L’évolution de la société et du contexte économique et social amène à repenser la façon de concevoir l’action territoriale à la Martinique. Les politiques centralisées semblent avoir systématiquement échoué depuis les années 70 et l’implication de la population locale dans l’élaboration de ces stratégies semble aujourd’hui une condition indispensable, en ce sens qu’elle constitue le principal vecteur d’intégration de tout nouvel écosystème juridique, économique, financier ou politique. Elle permet également de penser autrement les politiques de développement habituellement dictées par les acteurs qui ont le plus de poids dans le paysage économique et qui n’ont pas toujours un intérêt au changement.

 

La nécessité du mode action

L’histoire économique et politique de la Martinique est balisée par des tentatives de définir ce qui a toujours paru indispensable à la population, c’est-­à-­dire un projet global, à l’instar du projet Convergences, du SDAT, des Etats généraux, du SMDE ou de l’Agenda 21…

Le PADM tend à se distinguer de cette logique de projet global, en adoptant une démarche à visée opérationnelle, aboutissant à des objectifs atteignables, mesurables et mis en œuvre selon un calendrier clairement identifié.
L’idée du PADM est d’agir totalement sur le « moins » pour atteindre le « mieux » :

  • Identifier les atouts et potentialités de la Martinique ;
  • Identifier ce qu’il y a de systémique, ou de structurellement négatif sur le territoire ;
  • Mettre en présence les atouts et les handicaps martiniquais, déterminer ses enjeux et les prioriser ;© 2013 – Région Martinique -­ Plan d’Actions pour le Développement de la Martinique (PADM) / Communication projet Page 9
  • Traiter ces enjeux dans le cadre de thématiques explorées de différentes manières ;
  • Définir un plan d’actions poursuivant de manière massive des objectifs mesurables.Le PADM a donc le souci de créer les conditions d’émergence d’une Martinique solide, dans une perspective de résultats à 12 ans. Cette démarche et le cadre d’actions qui en résultera seront sous-­‐tendus par une réflexion d’ensemble, portant à la fois sur :
    • Les mutations en cours dans le monde (voir plus large) ;
    • Les opportunités des économies nouvelles (voir plus loin) ;
    • Les atouts et l’éthique à favoriser dans une Martinique active et solide (voir plus profond).

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